L'eucharistie, sacrement des sacrements

Subissant l'influence des écoles de théologie de l'occident catholique, qui mentionnent l'existence de sept sacrements, les théologiens orthodoxes ont placé l'eucharistie parmi les sacrements, alors qu'elle en est la source même. Car, c'est par l'eucharistie, au moment où il reçoit le Corps sacramentel du Christ, que le chrétien peut s'unir à lui en toute vérité. Saint Augustin disait déjà à ses catéchumènes : Quand vous communierez, on vous dira : 'Le Corps du Christ', et vous répondrez : 'Amen'. Mais vous devez former vous-mêmes le Corps du Christ. C'est donc le mystère de vous-mêmes que vous allez recevoir . Recevoir le Corps du Christ dans l'eucharistie, c'est non seulement s'unir à lui, mais c'est aussi s'unir à tous ceux avec qui il est déjà uni, c'est réaliser la communion des saints. Recevoir les choses saintes que sont le Corps et le Sang du Christ, c'est déjà communier avec tous les saints qui sont les membres de l'Eglise, qui sont les membres du Corps vivant du Christ ressuscité. Ce qui est saint appartient à ceux qui sont saints , affirme la divine liturgie de saint Jean Chrysostome : la communion entre les saints ou entre les sanctifiés se réalise dans la communion aux mêmes aliments sanctifiants qui sont le Corps du Christ, dans le sacrement de son eucharistie.

Les dons eucharistiques sont pour la consommation

L'institution de l'eucharistie, au soir de la Cène, est un repas. Et, historiquement, la sainte liturgie de l'eucharistie est ordonnée autour du repas du Seigneur. Déjà, les textes néotestamentaires indiquent cette destination des célébrations primitives. Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimement, ils se rendaient chaque jour au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de coeur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut (Ac. 2, 42-47). La nature même de la primitive Eglise s'exprime entièrement dans la communion fraternelle que les premiers chrétiens connaissaient. La réception du corps du Christ, partagé dans l'eucharistie, ce pain qu'ils rompaient à domicile, les transformait en un même corps spirituel, qui leur permettait de trouver la faveur du peuple tout entier et d'inviter au salut tous ceux qui étaient les témoins de l'action de Dieu en eux, depuis le jour de la Pentecôte. La grande prière sacerdotale de Jésus au soir de la Cène : Père, que tous soient un, comme toi, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu n'as envoyé (Jn. 17, 21) trouvait sa réalisation dans la communauté chrétienne de la Pentecôte. Tout le mystère même de la vie divine s'épuisait dans la vie humaine de cette première communauté qui existait du partage du pain.

Dans l'histoire de l'Eglise, l'eucharistie est toujours restée comme une nourriture ; c'est dire qu'elle était destinée à être consommée, et non pas conservée pour une vénération et une adoration privée, comme ce fut le cas trop souvent dans l'Eglise catholique romaine. L'adoration des dons célestes signifierait une chosification du Corps même du Seigneur Jésus-Christ qui a été ravi aux yeux des hommes, au jour de son Ascension. Si les 'dons' eucharistiques sont conservés dans le culte orthodoxe, c'est simplement en vue de la communion prochaine, et non pas en vue d'une adoration privée du Corps du Christ. Une telle adoration ne peut trouver sa place véritable que dans l'eucharistie elle-même, en tant qu'elle est une partie intégrante de l'adoration du mystère du Christ révélé sacramentellement dans l'Eglise. Le chrétien orthodoxe n'adore pas les dons eux-mêmes, mais il se prosterne en l'adorant devant l'Esprit qui réalise l'avènement liturgique du Christ dans ces dons. Ce fidèle orthodoxe découvre, avec les yeux de la foi, ce que le mystère eucharistique lui-même signifie, à savoir la présence même du corps et du sang du Christ. Le pain de l'eucharistie est le corps même du Christ : l'orthodoxie ignore les définitions purement occidentales de la consubstantiation ou de la transsubstantiation, car elle croit que le corps céleste du Christ n'appartient plus à ce monde qui passe Il n'est pas partout, puisqu'il est hors du temps et hors de l'espace, mais sa localisation est rendue nécessaire pour les croyants eux-mêmes, car c'est par elle seule que ces croyants peuvent communier avec l'invisible. Le corps du Christ n'est pas dans le pain, comme pourrait l'affirmer une théologie de la consubstantiation ; il n'est pas davantage sous le pain, comme pourrait l'affirmer une théologie de la transsubstantiation ; il est ce pain lui-même, ainsi que l'affirmait le Seigneur Jésus-Christ, au soir de la Cène, et ainsi que le rappelle chaque liturgie eucharistique : Prenez et mangez, ceci est mon corps, rompu pour vous, en rémission des péchés . Dans sa foi, le fidèle orthodoxe découvre ce qui est invisible aux yeux de l'homme : le Corps du Christ est réellement présent, car le pain lui-même est UN avec le corps qui demeure dans les cieux. Et cette présence est accompagnée d'un ordre, exprimé par le Christ lui-même, au cours de son dernier repas avec ses disciples : Mangez et buvez. La présence du Christ dans l'eucharistie est, en quelque sorte, fonction de sa consommation : le Christ est présent et il se donne lui-même comme nourriture au moment de la liturgie, jusque dans la communion des malades qui ne peuvent être présents physiquement au moment de la célébration eucharistique ; mais cette communion portée aux absents n'est pas un acte extérieur à la liturgie, elle en est le prolongement, elle s'inscrit dus l'acte liturgique ; et les dons eucharistiques sont toujours destinés à la consommation, selon l'ordre même qui vient du Seigneur.

Déroulement d'une liturgie orthodoxe

La liturgie eucharistique byzantine se compose de deux parties étroitement reliées entre elles : une liturgie des catéchumènes et une liturgie des fidèles. Pour la liturgie des catéchumènes, c'est l'évangile qui constitue le sommet de la Parole de Dieu proclamée au peuple rassemblé : le livre des Évangiles et des lectures d'apôtres est posé sur l'autel au cours de cette première partie de la célébration. La liturgie des fidèles, quant à elle, est celle de l'eucharistie, et c'est la coupe qui est placée au centre de l'autel. L'assemblée chrétienne se réunit, en réponse à la convocation et à l'invitation qui lui est faite par l'annonce de la Parole de Dieu ; ces croyants, réunis pour entendre la proclamation de cette Parole, peuvent ensuite consommer cette Parole faite paix, dans le mystère eucharistique : c'est la Parole de Dieu qui convoque la multitude des élus et qui se donne en nourriture. C'est la Parole faite chair qui est le centre et le sommet de toute la liturgie.

Tout le mystère de l'économie du salut se trouve récapitulée dans le déroulement de la célébration. D'abord, dans une introduction à la liturgie elle-même, est rappelé le mystère qui a préparé la révélation en Jésus-Christ, c'est la prothèse ou la proscomidie, qui se présente comme une préparation des oblats, du pain et du vin destinés au sacrifice.

Dans la liturgie des catéchumènes, c'est l'ensemble de l'oeuvre du Christ qui est rappelé ; et, dans la liturgie des fidèles, c'est la passion, la mort et la résurrection du Seigneur qui est proclamée, dans l'attente de sa Parousie et de son règne éternel, qui a été inauguré par son ascension.

La prothèse consiste essentiellement dans la préparation du pain et du vin pour l'eucharistie, préparation qui rappelle déjà le sacrifice de Jésus-Christ, puisque le prêtre trace, avec une petite lance, le signe de la croix sur le pain, avant de l'enfoncer dans le côté droit, en mémoire du sacrifice pascal de Jésus : Tu nous as rachetés de la malédiction de la Loi, par ton précieux sang. Cloué sur la croix et percé par la lance, tu as fait jaillir pour les hommes la source de l'immortalité... Comme une brebis, il fut mené à la boucherie. Comme un agneau sans tâche, muet devant celui qui le tond, il n'ouvre pas la bouche... Est immolé l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, pour la vie et pour le salut du monde . Mais cette préparation des offrandes, en mémoire du sacrifice de l'Agneau pascal, est elle-même précédée par une préparation du prêtre et des différents ministres de la liturgie eucharistique : Seigneur, étends la main du haut de ta demeure et fortifie-moi pour cette fonction que je vais accomplir afin que, sans reproche devant ton redoutable autel, Je célèbre le sacrifice non-sanglant. Car à toi appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles des siècles. Amen. La liturgie préparatoire de la prothèse s'achève par une prière au Père, au cours de laquelle le prêtre demande à Dieu de bénir et de sanctifier les offrandes en même temps que ceux qui sont chargés d'accomplir la liturgie : O Dieu, notre Dieu, toi qui as envoyé le Pain céleste, nourriture du monde entier, Notre Seigneur et Dieu Jésus Christ Sauveur, Rédempteur et Bienfaiteur qui nous bénit et nous sanctifie, bénis cette offrande et reçois-1à sur ton autel au plus haut des cieux. Souviens-toi, dus ta bonté et ton amour des hommes de ceux qui l'ont offerte et de ceux pour qui elle est offerte. Et garde-nous sans reproche dans la célébration de tes divins mystères. Car il est sanctifié et glorifié, ton Nom très honoré et très grand, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et à jamais dans les siècles des siècles. Amen .

Une transition est aménagée à l'entrée de la liturgie des catéchumènes par une prière devant l'autel qui vient d'être encensé ; cette prière est adressée à l'Esprit-Saint, et elle constitue une première épiclèse, au seuil de la grande célébration liturgique : Roi du ciel, Consolateur, Esprit de vérité, partout présent et remplissant tout, source des biens et dispensateur de te, viens, Dieu bon, et habite en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes... Seigneur, tu ouvriras mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange .

La liturgie des catéchumènes, proprement dite, commence par use longue prière litanie, dite litanie de la paix : toutes les intentions de l'Eglise universelle et du monde sont portées ainsi dans la prière commune. Cette grande prière collective adresse à Dieu les soucis quotidiens et : éternels de son Eglise : le salut et la paix pour tous les fidèles, la prospérité des différentes Églises locales, l'harmonie et l'union entre tous les hommes, le bien commun des hommes placés sous l'autorité des chefs d'État, le souci des membres de la communauté locale, ceux des différents chefs de l'Eglise, du clergé et de tout le peuple chrétien ; cette litanie s'ouvre aussi à tous les absents, ceux qui voyagent, les malades, les prisonniers. A la fin de cette prière litanique, est chant de l'hymne solennel du salut, au Fils unique : O Fils unique et Verbe de Dieu, Toi l'Immortel, qui as daigné, pour notre salut, prendre chair de la Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, devenant homme, Toi, Christ Dieu qui, mis en croix, par la mort as écrasé la mort, Toi, l'une des personnes de la sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous . Alors, la porte même du sanctuaire est ouverte, en signe de l'ouverture du Royaume de Dieu, dans la venue de Jésus ; c'est la petite entrée, où le prêtre porte l'Évangile solennellement à la hauteur du front. La prière qui est alors prononcée mentionne les anges qui, dans les cieux, s'associent à la liturgie terrestre pour use célébration commune : Maître, Seigneur notre Dieu, toi qui as établi dans les cieux des ordres et des armées d'anges et d'archanges pour le service de ta gloire, fais qu'avec notre entrée, se fasse aussi l'entrée d'anges saints qui concélèbrent avec nous, et avec nous glorifient ta bonté. Car à toi conviennent toute gloire, tout honneur et toute adoration Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et à jamais dans les siècles des siècles. Amen. Bénie soit l'entrée dans ton sanctuaire, en tout temps, maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen . Les saints et les anges sont ainsi convoqués à célébrer la liturgie, en union avec les hommes.

Le Dieu, qui demeure invisible aux yeux des hommes, puisqu'il est caché dans le mystère de sa personne, se fait néanmoins proche des hommes, comme il se fait proche des anges et de tous les saints, due la célébration liturgique.

Après cette bénédiction de Dieu, au cours de la petite entrée, le prêtre, ou le diacre, élève Évangile, en proclamant : Sagesse ! C'est un appel à tous les membres présents de la communauté de rassembler leur attention, d'éviter tout ce qui peut disperser l'esprit, pour se donner entièrement dans l'acte même de l'adoration du Seigneur. C'est l'avènement du Seigneur Jésus-Christ, sauveur des hommes, qui est ainsi symboliquement signifié et vénéré, dans un acte de prosternation : la sainteté de Dieu, connue des anges et des saints est désormais devenue perceptible par les hommes, qui peuvent adorer le Père de toute sainteté dans la personne du Fils unique. C'est alors le moment liturgique du Trisagion, le temps de l'adoration ; et le prêtre dit alors la grande oraison de l'entrée : Dieu saint, qui habites et reposes dans le saint des saints, qui es loué par les Séraphins chantant trois fois saint !, qui es glorifié par les Chérubins et adoré par toutes les Puissances célestes ; toi qui as fait toutes choses, toi qui as créé l'homme à ton image et à ta ressemblance... toi qui accordes, à ceux qui les demandent, sagesse et intelligence... toi, qui nous as rendus dignes, nous, tes humbles et indignes serviteurs, de nous trouver en cet instant devant la gloire de ton autel saint pour t'offrir l'adoration et la glorification qui te sont dues : toi donc, Seigneur, reçois également de nous l'hymne du Trisagion et jette sur nous un regard de bonté. Remets-nous toute faute, volontaire ou involontaire. Sanctifie nos âmes et nos corps, et accorde-nous de te servir dans la sainteté, toue les jours de notre vie, par les prières de la sainte Mère de Dieu et de tous les saints qui, dès les commencements du monde, ont été agréables à tes yeux. Car tu es saint, ô notre Dieu, et nous te rendons gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen . Pendant que le prêtre se prosterne, le choeur chante trois fois : Dieu saint, Dieu fort, Saint, Immortel, prends pitié de nous . C'est une préparation solennelle à la rencontre du Dieu très saint, trois fois saint, par les hommes qui célèbrent la même liturgie que les élus dans la gloire du ciel.

Au cours d'une liturgie pontificale, c'est à ce moment que l'évêque bénit le peuple, en portant dans sa main gauche le dikerion, flambeau formé par deux cierges croisés, symbolisant le mystère des deux natures unies dus le Christ Jésus, et dans sa main droite le trikerion, flambeau formé par trois cierges, symbolisant le mystère de la trinité divine. En croisant ces deux flambeaux, il bénit donc le peuple, qui a été rendu digne de participer au culte divin par le sacrifice de Jésus-Christ, vraiment Dieu et vraiment homme, un de la Trinité divine, devenu homme, pour mener tous les hommes à la condition des fils de Dieu. Le croisement de ces deux flambeaux exprime mieux que ne peut le faire aucune parole humaine le mystère de Dieu qui s'est fait proche des hommes. C'est alors que prend place la cérémonie du trône, bénédiction qui est adressée au trône même de Dieu vers qui est monté l'hymne du Trisagion : Béni sois-tu, Seigneur, sur le trône de gloire de ton Royaume, siégeant sur les Chérubins, en tout temps, maintenant et à jamais, dus les siècles des siècles. Amen. La Parole de Dieu a retenti au milieu des hommes en Jésus-Christ, elle retentit encore aujourd'hui dans l'assemblée chrétienne, notamment dans la lecture de l'Épître, soit un passage du livre des Actes des Apôtres, soit un passage d'are lettre Apostolique. Pendant le temps de Pâques et de la Pentecôte, l'Eglise orthodoxe, selon un principe de lecture continue, médite le livre des Actes ; et de la Pentecôte jusqu'au dimanche des Rameaux, elle médite les grandes lettres de l'apôtre Paul. Après la lecture de cette péricope apostolique, est chanté l'Alléluia, qui prépare les fidèles à entendre la proclamation de Évangile Cette proclamation est annoncée par une prière, qui est une véritable épiclèse, demandant à Dieu l'illumination de l'intelligence humaine pour qu'elle puisse comprendre la parole de Évangile : Fais luire en nos coeurs, Seigneur, toi qui es l'ami des hommes, la pure lumière de ta divine connaissance. Ouvre les yeux de notre esprit à l'intelligence de ton message évangélique. Inspire-nous le respect de tes bienheureux commandements, afin que... nous menions une vie selon l'Esprit, orientant toutes nos intentions et toutes nos actions selon ta sainte volonté. Car tu es la lumière de nos vies et de nos corps, ô Christ Dieu, et nous te rendons gloire, avec ton Père éternel et ton Esprit Saint, Bon et Vivifiant, maintenant et à jamais dans les siècles des siècles. Amen. Selon le même principe de lecture continue qui préside à la lecture tirée des textes apostoliques, l'Eglise orthodoxe organise sa lecture évangélique, en employant Évangile selon saint Jean pendant le temps pascal, et les Évangiles de Matthieu, Luc et Marc pendant le reste de l'année liturgique.

A la suite de cette lecture évangélique, une coutume très ancienne place l'homélie ou prédication, destinée selon l'usage ancien à parfaire la formation des catéchumènes qui allaient être renvoyés avant la liturgie des fidèles. La liturgie des catéchumènes, qui constitue la première partie de la célébration eucharistique s'achève par une prière litanique qui s'ouvre aux dimensions de l'Eglise universelle.

La liturgie des fidèles s'inaugure par une prière pour les fidèles, dans laquelle le célébrant demande au Dieu très bon et ami des hommes d'accorder à ses serviteurs de se tenir devant son autel très saint, sans jugement et sans condamnation , de leur donner... un accroissement de vie, de foi et d'intelligence spirituelle ... pour l'adorer en tout temps avec crainte et amour avant de communier au mystère de l'eucharistie et de participer ainsi à la digité des fils de Dieu dans son Royaume. C'est aussi cela qu'exprime le chant de la grande entrée, le Cherubikon proclamé par le choeur : Nous qui, mystiquement, représentons les Chérubins et qui chantons à la vivifiante Trinité l'hymne trois fois sainte, dépouillons nous de toute préoccupation de ce monde, afin de recevoir le Roi de l'univers . Le fidèle est ainsi invité à accorder tout son esprit aux armées angéliques pour participer à la liturgie céleste : c'est l'avènement du Fils de Dieu qui est attendu, avènement qui sera comparable à l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et qui est symbolisée par la grande entrée , par la procession de l'offertoire. Lorsque le prêtre entre dans le sanctuaire proprement dit, il implore Dieu, en reprenant les termes de la prière du bon larron : Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume , afin que la communauté rassemblée puisse recevoir le Roi de l'univers, invisiblement accompagné par ses troupes angéliques . En déposant le calice sur l'autel, il signifie la déposition du corps du Christ au tombeau : Le noble Joseph, ayant descendu de la Croix ton corps immaculé, l'enveloppa d'un linceul, l'embauma et le déposa dans un sépulcre neuf . C'est la passion et la mort du Christ qui sont évoquées, avant que les portes du sanctuaire ne se ferment comme s'est refermée la porte du tombeau de Joseph d'Arimathie dans lequel fut déposé le corps de Jésus, dans l'attente de sa résurrection. Commence alors la liturgie de l'offertoire et du canon eucharistique, par une oraison qui anticipe la grande épiclèse sur les dons et sur les fidèles réunie : Seigneur Dieu tout-puissant, toi le seul Saint... reçois notre prière de pécheurs et fais-la parvenir à ton saint autel. Rends-nous aptes à t'offrir dons et sacrifices spirituels... Rends-nous dignes de trouver grâce à tes yeux, afin que notre sacrifice te soit agréable et que ton Esprit de grâce, auteur de tout bien, descende sur nous, sur ces dons ici préparés et sur tout ton peuple. Le prêtre ou le diacre souhaite alors la paix à toute l'assemblée, car c'est dans la paix qu'il est possible aux hommes de s'aimer les uns les autres et de communier à la vie divine, à la vie du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible : Aimons-nous les uns les autres afin de confesser un seul coeur le symbole de la foi, tel qu'il a pu être défini par les conciles de Nicée et de Constantinople. La communauté réunie, symbolisant l'Eglise unie dans une même confession de foi, peut alors offrir le sacrifice eucharistique. Le moment le plus sacré approche : Tenons-nous avec crainte et soyons attentifs pour offrir en paix la sainte oblation . Cette invitation du célébrant se prolonge dans un dialogue qui invite le fidèle à se tourner tout entier vers son Seigneur :

- Prêtre : Que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient toujours avec vous

- Assemblée : Et avec votre esprit

- Prêtre: Elevons notre coeur

- Assemblée : Nous le tournons vers le Seigneur

- Prêtre : Rendons grâce au Seigneur

- Assemblée : 'I1 est digne et juste

Commence alors la grande prière eucharistique, par une action laudative, une action de grâces : Vraiment il est digne et juste de te louer, de te bénir, de t'offrir notre action de grâces et de t'adorer en tout lieu... car tu es le Dieu ineffable, incompréhensible, insaisissable, toujours existant et toujours le même, toi, ton Fils unique et ton Saint-Esprit...

Nous te rendons grâces aussi pour cette liturgie que tu as daigné recevoir de nos mains, bien que t'assistent des milliers d'archanges, des myriades d'anges, les Chérubins et les Séraphins aux six ailes, aux yeux innombrables, sublimes et ailés... qui unissent leurs voix à celles des hommes pour bénir et chanter le Dieu trois fois saint : Saint, saint, saint, le Seigneur, Dieu de l'univers. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux.

La variété liturgique qui existait dans l'ancienne Eglise a été préservée dans l'Eglise orthodoxe, avec deux prières eucharistiques. L'une, celle qui est à présent suivie dans son déroulement, est attribuée à saint Jean Chrysostome : elle constitue le rite eucharistique le plus courant dans l'orthodoxie ; l'autre, qui sera retranscrite partiellement ultérieurement, est attribuée à saint Basile de Césarée. Mais l'attribution des liturgies à tel ou tel Père n'est pas un problème essentiel : ce qui compte, c'est le fait que toute l'Eglise proclame l'action de grâces.

La liturgie des fidèles, selon l'eucharistie attribuée à saint Jean Chrysostome, se poursuit, immédiatement après la préface, par le récit de l'institution de la sainte Cène : Et lui (ton Fils unique), étant venu, il a accompli tout le dessein de ta Providence sur nous. La nuit où il fut livré, ou plutôt se livra lui-même pour la vie du monde, il prit du pain dans ses mains saintes, immaculées. Et, en te tendant grâces, il le bénit, le consacra, le rompit et le donna à ses saints disciples et apôtres en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps, rompu pour vous en rémission des péchés. Il fit de même avec la coupe, à la fin du repas, en disant : Buvez-en tous, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés . Le sacrifice unique de Jésus-Christ est commémoré dus l'anamnèse qui suit immédiatement le récit de l'institution eucharistique, avec le rappel des grands mystères de la rédemption des hommes par le Christ : F aisant mémoire de ce testament du Sauveur et de tout ce qui a été fait pour nous : de la croix, du tombeau, de la résurrection le troisième jour, de l'ascension aux cieux, du trône à la droite du Père, du second et glorieux avènement, nous t'offrons ce qui est à toi, en toutes choses et pour tout. Nous te louons, nous te bénissons, nous te rendons grâces, Seigneur, et nous te prions, ô notre Dieu . C'est l'instant de la consécration des dons eucharistiques, l'épiclèse, prière demandant la venue de l'Esprit-Saint sur les fidèles et sur les offrandes eucharistiques : Nous t'offrons aussi ce culte spirituel et non sanglant, nous t'invoquons, nous te prions, nous te supplions : envoie ton Esprit-Saint sur nous et sur les dons ici présents. Et fais de ce pain le précieux corps de ton Christ. Amen. Et de ce qui est dans ce calice le précieux sang de ton Christ. Amen. En les changeant par ton Esprit-Saint. Amen. Afin qu'ils deviennent pour ceux qui y communient, purification de l'âme, rémission des péchés, communion du Saint-Esprit, plénitude du royaume des cieux, assurance auprès de toi et non pas jugement ou condamnation.

L'action salvifique du Christ englobe tout l'univers pour en faire l'Eglise, Eglise invisible des saints et des défunts, Eglise vivante des vivants. Un triple mémento des saints, des morts et des vivants se rattache alors à l'épiclèse, comme une grande prière d'intercession de l'Eglise : Nous t'offrons aussi ce culte spirituel en l'honneur de ceux qui reposent dans 1a foi : Ancêtres, Pères, Patriarches, Prophètes, Apôtres, Prédicateurs, Évangélistes, Martyrs, Confesseurs, Ascètes... en l'honneur surtout de Notre-Dame, la toute-sainte, immaculée, bénie par-dessus tout, glorieuse, Mère de Dieu et toujours Vierge... en l'honneur de saint Jean, Prophète, Précurseur et Baptiste, des saints, glorieux et illustres apôtres... et de tous les saints : par leurs prières, jette sur nous, ô Dieu, un regard de bonté... Souviens-toi de tous ceux qui se sont endormis dans l'espérance de la résurrection à la vie nouvelle Donne-leur le repos, là où lui la lumière de ta face... Nous t'en prions aussi : souviens-toi, Seigneur, de tout l'épiscopat orthodoxe, de tous ceux qui dispensent fidèlement la parole de ta vérité, de tous les prêtres, des diacres qui servent dus le Christ... Nous t'offrons encore ce culte spirituel pour le monde entier, pour l'Eglise sainte, catholique, apostolique... pour nos gouvernants... Souviens-toi, Seigneur, de la ville que nous habitons... de ceux qui voyagent par voie de mer, de terre et d'air, des malades, des affligés, des prisonniers et de leur salut... de ceux qui... font le bien dans tes saintes églises et de ceux qui se souviennent des pauvres. Et sur nous tous envoie tes miséricordes. Et donne-nous de glorifier et de chanter d'une seule voix et d'un seul coeur ton Nom très glorieux et magnifique, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen .

Comme des enfants, tous les fidèles sont réunis dans une seule offrande devant le Père, dans l'attente de communier aux mystères eucharistiques. Le prêtre invite alors l'assemblée à s'unir dans une même prière au Dieu Père et Ami des hommes : Nous te confions toute notre vie et tout notre espoir, Seigneur, Ami des hommes... Rends-nous dignes de communier aux mystères célestes... avec une conscience pure, pour la rémission de nos péchés, le pardon de nos fautes, la communion au Saint-Esprit, l'entrée en possession de l'héritage du Royaume des cieux, pour plus d'assurance auprès de toi, mais non pour le Jugement et la condamnation. Et rends-nous dignes, Seigneur, d'oser en toute confiance et sans condamnation, t'appeler Père, toi le Dieu céleste et de te dire : Notre Père...

En plaçant ce chant de la prière, reçue du Seigneur Jésus lui-même, juste avant la communion, l'Eglise signifie que la demande : Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour est précisément la demande du pain eucharistique, qui est vraiment substantiel pour le chrétien. En élevant le pain de vie, le Corps du Christ eucharistique, le prêtre affirme : Ce qui est saint est à ceux qui sont saints , et les fidèles confessent ensemble : Un seul Saint, un seul Seigneur, Jésus-Christ, pour la gloire de Dieu le Père. Amen. Les fidèles se réunissent alors devant les portes du sanctuaire, qui s'ouvrent toutes grandes, en silence, comme la pierre roulée par l'ange devant le tombeau du Christ ressuscité : c'est l'avènement du Christ offrant la vie éternelle à tous ses fidèles qui est ainsi signifiée, c'est la participation de tous les croyants à la vie divine qui est rappelée dus la lumière de la résurrection. Le prêtre communie d'abord au Corps du Christ : A moi est donné le précieux et saint Corps de notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, pour la rémission de mes péchés et pour la vie éternelle , puis il communie au Sang du Christ : A moi est aussi donné le précieux et saint Sang de Notre Seigneur Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, pour la rémission de mes péchés et pour la vie éternelle. Ceci a touché mes lèvres, effacé mes fautes et purifié mes péchés . Le prêtre invite alors les fidèles à approcher pour participer à la communion eucharistique : Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez . Les fidèles communient au Corps et au Sang du Christ ; le prêtre dit à chacun d'eux : L e serviteur (ou, la servante) de Dieu reçoit le précieux et saint Corps et le Sang de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés et la vie éternelle . Après la communion, s'élève un chant d'action de grâces : Nous avons vu la vraie lumière, nous avons reçu l'Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi, nous adorons la Trinité indivisible. Car c'est elle qui nous a sauvés... Que notre bouche se remplisse de ta louange, Seigneur, parce que tu nous as jugés dignes de participer à tes mystères saints, immortels et purs. Garde-nous dans la sainteté, afin que nous chantions ta gloire, méditant tout le jour ta Justice. Alléluia, Alléluia, Alléluia.

La liturgie s'achève par une dernière prière d'action de grâces prononcée par le prêtre et par une bénédiction finale. Nous te rendons grâces, Seigneur, Ami des hommes bienfaiteur de nos âmes, de ce que, aujourd'hui de nouveau, tu as daigné nous faire participer à tes célestes et immortels mystères. Rends droite notre route, affermis-nous tous dans ta crainte, garde notre vie, assure nos pas, par les prières et les supplications de la glorieuse Mère de Dieu et toujours Vierge Marie et de tous les saints. Car tu es notre sanctification, et nous te rendons gloire, Père, Fils et Saint-Esprit maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen. Le choeur répond en chantant trois fois : Que le nom du Seigneur soit béni, dès maintenant et à jamais . Le prêtre poursuit par une invocation au Christ Seigneur : O Christ notre Dieu, qui es toi-même la plénitude de la Loi et des Prophètes, et qui as accompli toute la mission reçue du Père, remplis nos coeurs de joie et de bonheur, en tout temps, maintenant et à jamais, dus les siècles des siècles. Amen. Puis le prêtre bénit l'assemblée : Que la bénédiction et la miséricorde du Seigneur viennent sur vous, par sa grâce et son amour pour les hommes en tout temps, maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen. Le prêtre renvoie alors l'assemblée chrétienne en distribuant aux fidèles le pain béni, rappel des agapes primitives : c'est un prolongement de l'action liturgique jusque dans toutes les familles orthodoxes et jusqu'aux extrémités du monde : le fidèle emporte comme un témoignage de l'amour du Christ qui se donne pour le salut du monde

La prière eucharistique de saint Basile de Césarée

L'Eglise orthodoxe possède aussi, comme un véritable trésor liturgique, l'anaphore (c'est-à-dire l'offrande ou l'oblation) de saint Basile de Césarée, pour laquelle les historiens s'accordent à dire qu'elle est de la main même de ce Père de l'Eglise. En voici quelques extraits :

I1 est vraiment digne et juste, il convient à la splendeur sans bornes de ta sainteté, ô seul Dieu véritable, de te louer, de te bénir, de t'adorer et de chanter ta grâce et ta gloire, de t'offrir d'un coeur brisé, d'un esprit bouleversé, ce sacrifice de louange pour accueillir la révélation de ta vérité... Tu es le seul maître de l'univers, toi, le Seigneur du ciel et de la terre, de toutes les réalités, visibles et invisibles... Tu es au-delà du temps, de la vision, de l'intelligence, de la limite et du mouvement, tu es également le Père de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Lui, l'image de ta gloire, l'expression parfaite de ton être, le Verbe vivant, Dieu véritable, Sagesse éternelle, Vie, Sanctification, vraie Lumière. Par lui, resplendit l'Esprit Saint, Esprit de vérité, don de l'adoption, arrhes de l'héritage promis, commencement de la plénitude éternelle, force qui vivifie, fontaine de sainteté. C'est en lui... que toute créature intelligente et spirituelle t'adore et te chante sans fin. Tous les anges te servent et se prosternent devant toi... ils reprennent et se renvoient sans cesse ta louange, en clamant l'hymne triomphale de ta sainteté : Saint, Saint, Saint est le Seigneur, Dieu de l'univers... Nous aussi, ô Dieu, ami des hommes... nous osons dire : tu es saint, tu es toute sainteté, ta sainteté est sans mesure. Tu es juste dans tes oeuvres, toi qui as tout fait pour nous. L'homme, tu l'as façonné avec la boue de la terre, mais pour l'honorer de ton image, pour le faire image de Dieu. Tu l'as placé dans le paradis des délices en lui offrant, s'il acceptait librement ta parole, la vie immortelle et la jouissance des réalités éternelles. Mais l'homme ne t'a pas été fidèle, il s'est séparé de toi, son vrai Dieu, son Créateur. Séduit par la ruse du serpent, victime de son propre péché, il s'est lui-même asservi à la mort. Alors par ton juste jugement, Seigneur notre Dieu, il lui a fallu quitter le paradis pour venir en ce monde et retourner à la terre d'où tu l'avais tiré. Cependant, en même temps, Seigneur notre Dieu, tu préparais pour lui le salut par la régénération en ton Fils, le Christ. Car tu n'as pas rejeté celui que tu avais façonné avec tant d'amour. Dans la tendresse de ton coeur... tu n'as cessé de le visiter. A chaque génération, des saints se sont faits aimer de toi et par eux tu as accompli des merveilles. Tu nous as parlé par les prophètes ; ils nous ont annoncé le salut. Tu nous as donné la Loi pour nous guider et tu as confié notre garde à tes anges.

Et lorsqu'est venu l'accomplissement des temps, tu nous as parlé par ton propre Fils, lui par qui tu avais créé l'univers. Lui, il est le rayonnement de ta gloire et l'empreinte de ta nature, il porte tout par la force de sa parole, il ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à toi. Dieu de toute éternité, il est apparu sur la terre, il a vécu parmi les hommes, il a pris chair de la Vierge Marie, il s'est humilié lui-même, prenant la condition des serviteurs, se conformant à notre corps de misère pour nous conformer à son corps de gloire.

Puisque l'homme avait fait entrer le péché dans le monde, et par le péché la mort, ton Fils, ton Unique, lui qui est éternellement dans ton sein, ô Père, a voulu naître d'une femme, la très sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie, il a voulu naître sous la Loi et vaincre le péché dans sa propre chair, pour que ceux qui meurent en Adam retrouvent en lui, ton Christ la plénitude de la vie.

Venu en ce monde, il nous a donné les commandements du salut, il nous a détournés de l'idolâtrie et amenés à te connaître, toi, le seul vrai Dieu et Père. Ainsi, il nous a acquis pour lui-même comme un peuple choisi, un sacerdoce royal, une nation sainte.

Nous ayant préparé la purification de l'eau et la sanctification dans l'Esprit, il s'est livré lui-même pour nous racheter de la mort dont nous étions esclaves, vendus par le péché.

Par la croix, il est descendu aux enfers, pour accomplir toutes choses et dissiper l'angoisse de la mort. Il est ressuscité le troisième jour, car il n'était pas possible que la corruption atteigne le Principe de la vie. Par sa résurrection, il a ouvert à toute chair la voie de la délivrance de la mort.

Il est devenu prémices de ceux qui dorment, premier-né d'entre les morts, gardant ainsi en tout la primauté. Par son ascension, il s'est assis à la droite de ta Grandeur, au plus haut des cieux. Il viendra rendre à chacun selon ses oeuvres.

De sa passion salvatrice, il nous a laissé ce mémorial : au moment d'aller à sa mort volontaire, à jamais mémorable et vivifiante, la nuit même où il se livra lui-même pour la vie du monde, il prit du pain dans ses mains saintes et immaculées il te l'offrit à toi, Dieu et Père, il te rendit grâces, il le bénit, le sanctifia et le rompit, il le donna à ses saints disciples en disant : Prenez, mangez : ceci est mon corps rompu pour vous en rémission des péchés. De même, il prit la coupe du fruit de la vigne, fit le mélange rendit grâce, il le bénit, il le sanctifia et le donna à ses saints disciples en disant : Buvez en tous : ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez ce calice, vous annoncez ma mort, vous proclamez ma résurrection.

Nous aussi, Seigneur, nous faisons mémoire de ses souffrances salvatrices, de sa croix qui donne la vie, de son ensevelissement de trois Jours, de sa résurrection d'entre les morts, de son ascension au ciel, de sa présence à ta droite, Père, de son second, glorieux et redoutable avènement...

Nous t'offrons tout ce qui vient de toi et nous te prions, ô Seigneur, le saint des saints : que, dans ta bonté, ton Esprit-Saint vienne sur ces dons ici offerts et sur nous-mêmes. Qu'il bénisse ces dons, les sanctifie et manifeste ce pain comme le corps même de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ et ce calice comme le sang même de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, répandu pour la vie du monde. Amen.

Et nous tous qui partageons ce même pain et qui buvons à ce même calice, unis-nous les uns aux autres dans la communion de l'unique Esprit-Saint. Que nul parmi nous ne participe au corps et au sang très saints de ton Christ pour son jugement ou pour sa condamnation, mais que nous trouvions grâce et miséricorde avec tous les saints que tu as aimés depuis le commencement du monde, Ancêtres, Pères, Patriarches, Prophètes, Apôtres, Prédicateurs Évangélistes, Martyrs, Confesseurs, Docteurs, et tout esprit juste décédé dans la foi. Nous t'offrons aussi ce culte spirituel en l'honneur de notre Souveraine, la toute-sainte, immaculée, bénie entre toutes, glorieuse Mère de Dieu et toujours vierge Marie : en toi, pleine de grâce, se réjouissent l'univers, la hiérarchie des anges et la race des hommes... c'est en toi que Dieu a pris chair, en toi que s'est fait homme, en un tout petit enfant, le Dieu d'avant les siècles. De ton sein, il a fait un trône, il l'a rendu plus vaste que les cieux...

Suit alors la grande prière d'intercession, par les saints de tous les temps, pour les vivants et pour les défunts, pour l'Eglise de Dieu et pour chacun de ses membres, où qu'il se trouve, afin que Dieu soit et demeure tout pour tous.

La prière eucharistique proprement dit s'achève par la prière de conclusion suivante : Accueille-nous dans ton Royaume. Fais de nous des enfants de lumière, des fils du Jour. Accorde-nous ta paix et ton amour, Seigneur notre Dieu, qui nous donnes toutes choses. Et permets nous de te glorifier et d'acclamer d'une seule voix et d'un seul coeur ton Nom adorable et splendide : Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et à jamais dans les siècles des siècles. Amen

L'eucharistie fait l'Eglise

Comme dans toutes les prières eucharistiques héritées de la longue tradition de l'Eglise universelle, les canons liturgiques byzantins prennent la forme d'une grande action des grâces adressée à Dieu par le prêtre ou par l'évêque, au nom de l'assemblée. C'est parce qu'elle est le Corps du Christ, le Fils unique de Dieu, que l'Eglise possède le privilège de s'adresser directement au Père de toute sainteté pour commémorer l'oeuvre du Fils unique et pour invoquer la descente de l'Esprit Saint sur les dons eucharistiques pour qu'il les transforme au Corps et au Sang du Christ. Cela est particulièrement sensible dans la prière de l'épiclèse ; en effet, c'est l'Esprit qui, depuis le jour de l'Ascension, manifeste, dans l'Eglise, la grâce de la rédemption. En célébrant le mystère eucharistique, selon la recommandation du Christ, au soir de la Cène, l'Eglise manifeste ce qu'elle est véritablement, le Corps rendu visible du Christ invisible aux yeux des hommes.