Le baptême, sacrement de l'initiation

 

 

Selon les sondages, 80% des Français se déclarent catholiques. Le lien avec l'Eglise commence avec le baptême. Demander le baptême peut être une démarche de foi ; on est chrétien, on veut transmettre ce que l'on a reçu. Le christianisme n'est pas une religion de la terreur, mais une religion d'amour. Baptiser, c'est croire à quelqu'un de vivant, Jésus qui est ressuscité. Il importe toujours de réfléchir sur sa foi et sur son engagement, tout en partageant la joie de vivre des enfants de Dieu. Si l'eucharistie est le sacrement qui fait l'Eglise dans sa plus grande visibilité, le baptême est le sacrement qui permet à la communauté chrétienne de s'adjoindre de nouveaux membres.

L'événement de la Pentecôte, qui est rapporté par Luc dans le récit inaugurant son livre des Actes des Apôtres, montre que le don de l'Esprit Saint aux disciples est inséparable de la résurrection du Christ. La fondation de l'Eglise n'est pas seulement l'oeuvre du Jésus historique, elle est celle du Christ ressuscité. Chez les Juifs, cinquante jours après la Pâque se déroule une autre grande fête, la Pentecôte qui rappelle le séjour du peuple d'Israël dans le désert du Sinaï, là où Dieu avait donné sa Loi par l'intermédiaire de Moïse. De nombreux pèlerins de toutes les nations venaient à Jérusalem pour prier en ce jour. C'est à cette occasion que Pierre prend publiquement la parole pour la première fois. Et sa prise de parole est suivie d'effet : Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême et il y eut environ trois mille personnes ce jour-là qui se joignirent à eux (Ac. 2, 1-41).

Le récit de la Pentecôte se termine donc par le baptême de ceux qui ont entendu la prédication de Pierre. C'est bien le signe manifeste que le baptême entraîne l'appartenance à la famille chrétienne. Les hommes ne peuvent entrer dans la communauté de Dieu et des frères sans un signe sensible, visible. La tradition la plus ancienne reconnaît dans cet événement de Pentecôte l'acte fondateur de l'Eglise, par la prise de parole de Pierre. L'efficacité de sa parole n'est cependant pas due à son éloquence, son discours n'a rien d'une démonstration de rhétorique, il se présente simplement sous la forme d'un témoignage, c'est-à-dire d'une reconnaissance de l'action de Dieu dans des faits qui affectent certains hommes du peuple et en particulier Jésus de Nazareth.

Le discours de Pierre est émaillé de citations, relativement longues, de l'Ancien Testament, signe que Pierre ne se situe pas en dehors des perspectives religieuses de ses auditeurs, signe également que cet événement de Pentecôte se situe bien dans le prolongement de l'histoire du peuple d'Israël. Pierre fait l'exégèse de l'événement qu'il rattache à la prophétie de Joël ; ce qui vient de se produire, c'est aussi la Pâque, la résurrection prophétisée par David. Pourtant, celui-ci est mort, alors que Dieu a ressuscité Jésus, selon la promesse faite au roi David.

Le dialogue peut alors s'instaurer entre Pierre et ses auditeurs au sujet de ce qu'il leur revient de faire après avoir entendu ses paroles. En effet, les auditeurs de Pierre ont commencé par s'interroger sur la signification de ce qui venait de se produire : Qu'est-ce que cela veut dire ?, et à la suite de la prédication de Pierre, ils interrogent les disciples, en leur demandant : Que ferons-nous, frères ? Cela revient à montrer que la Parole de Dieu ne reste jamais sans effet sur les hommes qui la reçoivent.

Initialement, en face de Pierre et des Onze, se trouve une foule d'hommes différents par leurs pays d'origine, par leur langue, et l'interprétation divine établit une sorte de communauté de compréhension. Tous entendent les apôtres annoncer dans leurs langues les merveilles de Dieu. Et cette communauté de compréhension, qui est communauté de parole, va devenir une communauté de vie. La parole de Pierre trouve un écho favorable auprès des témoins de l'événement. Non seulement, ils écoutent cette parole, mais encore, ils se décident à faire quelque chose, à mettre en pratique ce qu'ils viennent d'entendre. La réponse de Pierre à la question du faire n'est autre qu'une invitation à participer à la singularité de l'existence de Jésus, à entreprendre une nouvelle naissance, par le baptême et le don de l'Esprit. La nouvelle vie à laquelle il est demandé de naître par le baptême, c'est une participation complète à ce qui fait la vie du Christ Jésus, jusque dans sa mort et sa résurrection.

Le baptême, plongeon dans la mort du Christ

L'apôtre Paul n'hésite pas à parler du baptême comme d'un saut dans la mort du Christ, le chrétien étant lui-même crucifié avec Jésus sur le bois de la croix. En recevant le baptême, le fidèle devient solidaire du chemin que le Christ a suivi depuis son baptême par Jean jusqu'au tombeau :

Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés ? Par le baptême, en sa mort, nous avons été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. Comprenons bien ceci ; notre vieil homme a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est libéré du péché. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous ne savons en effet : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus, la mort sur lui n'a plus d'empire. Car en mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes. Vivant, c'est pour Dieu qu'il vit. De même, vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ (Ro. 6, 3-11)

Le terme de baptême vient du verbe grec baptisein qui signifie : baigner, immerger, plonger. Ce bain a été saisi, dès les débuts du christianisme comme une immersion dans la mort du Christ. Le vieil homme, prisonnier de son égoïsme et de ses ténèbres, disparaît dans la mort ; il meurt dans la mort même du Christ, en laquelle ses péchés sont définitivement pardonnés. Ce bain l'appelle à une nouvelle vie, à un changement de vie. Jésus identifiait déjà sa mort à un baptême : Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? (Mc. 10, 38). C'est un baptême que je vais recevoir et comme cela me pèse jusqu'à ce qu'il soit accompli (Lc. 12, 50).

Le baptême n'est pas un geste magique. C'est toute notre vie qu'il faut affronter le mal qui est en nous, la mort, et, avec le souffle de Dieu, chercher un chemin de vie, de libération. Pour les chrétiens, c'est le Christ qui est le chemin de cette libération du péché. C'est pourquoi le baptême est en relation avec ce qu'on appelle le péché originel, la mort qui amoindrit notre vie à chacun de nos refus d'aimer. L'humanité est incapable de trouver par elle-même sa libération ; le désir est d'être transparent à la présence de Dieu, mais si je suis transparent, personne ne peut me voir. La réalité est autre, l'homme est fait de lourdeur, de faussetés, et le péché originel est de ce côté-là.

Les rites d'ablution dans le judaïsme

Il convient alors de noter que le baptême n'est pas une invention chrétienne. Le judaïsme connaissait des rites d'ablution appelés de la même manière. Il s'agissait d'ablutions de certaines parties du corps ou d'objets usuels. Ces purifications remontent à la Loi de Moïse. Dans le second livre des Rois, le prophète Elisée envoya Naaman, le Syrien lépreux, se plonger dans les eaux du Jourdain pour y être purifié : Alors Naaman descendit dans la Jourdain et s'y plongea sept fois selon la parole de l'homme de Dieu. Sa chair devint comme la chair d'un petit garçon, il fut purifié (2 R. 5, 14).

On sait que l'agrégation des prosélytes au judaïsme comportait trois rites : la circoncision, le baptême et le sacrifice. A l'époque du début de la prédication de Jésus, le baptême était un rite tellement bien établi que Jean n'a pas éprouvé le besoin de justifier le baptême qu'il proclamait, bien que celui-ci présentât un caractère quelque peu nouveau. D'abord celui qui était baptisé recevait le baptême des mains de quelqu'un d'autre alors que les ablutions rituelles et purificatrices étaient tout à fait personnelles. Ensuite, Jean orientait le baptême qu'il donnait dans le sens d'une préparation directe au Royaume de Dieu ; il invitait à la conversion, au changement de vie et au changement d'esprit, dans une pénitence et dans un acte de foi au Royaume de Dieu qui arrivait et qu'il annonçait comme imminent.

Le baptême de Jésus par Jean

C'est donc Jean qui baptisa Jésus. Le récit du baptême nous est rapporté par les évangélistes, notamment par Matthieu :

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée : Convertissez-vous, le Règne de Dieu s'est approché ! C'est lui dont avait parlé le prophète Esaïe quand il disait : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Jean avait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins, il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés (Mt. 3, 1-6).

Alors paraît Jésus, venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulut s'y opposer : C'est moi, disait-il, qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! Mais Jésus lui répliqua : Laisse faire maintenant, c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. Alors, il le laisse faire. Dès qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau. Voici que les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venant des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir (Mt. 3, 13-17).

Au récit de Matthieu, l'évangéliste Jean ajoute une précision topographique intéressante : Cela se passait à Béthanie (Bethabara) au-delà du Jourdain, où Jean baptisait (Jn. 1, 35), et il précise que le Baptiste disait à ceux qui venaient vers lui, après le baptême de Jésus : J'ai vu l'Esprit comme une colombe descendre du ciel et demeurer sur lui. Oui, j'ai vu et je suis témoin que c'est lui le Fils de Dieu (Jn. 1, 32-34).

Il se peut que les membres de la communauté de Qumran, vraisemblablement essénienne, ainsi que d'autres mouvements juifs tournés vers l'attente messianique imminente, aient proposé le moyen du baptême pour signifier aux juifs la voie d'entrée dans le Royaume qui approchait.

On pense que Jean, en raison de son activité, était influencé par la communauté de Qumran. Ce n'est pas impossible, mais à la différence des membres de cette secte, dont la maison-mère se situait à proximité, sur les bords de la Mer Morte, Jean accueillait non pas une élite, mais la foule de tous ceux qui attendaient la venue du Messie, qui devait libérer le peuple de la servitude. A chacun il donnait des conseils appropriés, l'invitant à renouer avec la tradition, non seulement dans sa lettre, mais surtout dans son esprit. Pour cela, il proposait le baptême comme signe de conversion. L'Evangile présentant Jésus recevant le baptême des mains de Jean, il est permis de penser que Jésus a d'abord fréquenté le cercle de ses disciples, et que c'est parmi eux qu'il recruta les siens :

Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : Voici l'Agneau de Dieu. Les deux disciples écoutèrent cette parole et suivirent Jésus. Alors Jésus se retourna et voyant qu'ils s'étaient mis à le suivre, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils répondirent : Rabbi, ce qui signifie Maître, où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et vous verrez. Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui, ce jour-là, c'était environ la dixième heure (Jn. 1, 35-38).

Et il semble même que Jésus lui aussi ait commencé sa prédication, en proposant un baptême qui se situait sans la lignée de celui proposé par Jean : Des disciples vinrent trouver Jean et lui dirent : Rabbi, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, celui auquel tu as rendu témoignage, voici qu'il se met à baptiser et tous vont vers lui (Jn. 3, 26).

Jésus baptise comme il a reçu le baptême de Jean pour signifier qu'il apportait la réalité du Royaume annoncé par le Baptiste.

Spécificité du baptême de Jean

Le baptême administré par Jean n'est pas comparable aux ablutions rituelles des juifs, puisqu'il est donné par quelqu'un d'autre. Et il n'est pas encore le baptême chrétien, puisque celui-ci n'a pu être administré qu'après la mort et la résurrection du Christ. Pourtant, il convient de regarder de près le sens de ce baptême puisque Jésus lui-même l'a reçu et qu'il semble qu'il ait administré, ainsi que ses disciples, un baptême du même genre.

Il s'agit d'un baptême communautaire et non pas d'un rite simplement individuel. Cela est souligné par la description que Luc fait du baptême de Jésus :

Le peuple était dans l'attente et tous se posaient dans leur coeur des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? Jean répondit à tous : Moi, je vous baptise dans l'eau, mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier, mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas. Ainsi, avec bien d'autres exhortations encore, il annonçait au peuple la bonne nouvelle (Lc. 3, 15-18).

Les hommes qui sont venus auprès de Jean, tout ce peuple formé par un rassemblement provoqué par une prédication prophétique s'interroge sur l'identité du nouveau prophète : ne serait-il pas le Messie annoncé depuis longtemps par les prophètes des temps anciens ? Et, dans sa réponse, Jean signifie qu'il reste un homme de la terre, un homme comme tous les autres, et il utilise un simple moyen naturel pour provoquer ses contemporains à la conversion. Mais il y a quelqu'un qui vient et qui ne sera pas comme tous les autres : il est plus fort que moi, il baptisera dans l'Esprit-Saint.

Et quand les évangélistes comparent les activités et les oeuvres de Jésus à celles de Jean, ils ont soin de montrer que Jésus est plus puissant que le Baptiste, faisant même dire à ce dernier : Celui qui est plus fort que moi vient après moi et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales (Mc. 1, 7). Par cette parole, Jean se considère comme un homme de la terre : qu'y a-t-il de plus proche du sol que les sandales ? Jean est celui qui doit se courber devant ce personnage qui vient et qui possède la puissance de l'Esprit de Dieu, puisqu'il emploiera des éléments qui viennent du ciel : l'Esprit qui est le don de Dieu par excellence et qui se manifestera comme un feu brûlant le coeur des hommes, leur donnant un souffle nouveau. Celui qui vient après Jean, les évangélistes indiquent que c'est Jésus, et si le Baptiste dit qu'il est plus fort que lui-même, c'est par la force de la prière :Jésus, baptisé lui aussi, priait.

Cette petite notation signifie que l'ouverture d'un homme vers Dieu est capable de transformer la face du monde, puisque : alors, le ciel s'ouvrit. Ce que l'évangéliste vient de présenter, c'est le bouleversement complet du monde ; l'Esprit de Dieu commence à envahir toute l'humanité, le ciel est désormais ouvert aux hommes, et la communication est rétablie entre Dieu et les hommes. De plus, Luc insiste : cet événement ne concerne pas seulement l'individu Jésus de Nazareth, il concerne encore tout le peuple qui était dans l'attente, tout ce peuple qui se faisait baptiser. Et pour exprimer l'identité et la mission de Jésus, Luc emploie une expression qui est courante dans la littérature juive de son époque : et une voix vint du ciel. Elle disait à Jésus et à tout le peuple qui naissait avec lui dans les eaux du Jourdain : Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Car cette voix ne s'adresse pas seulement à Jésus, ce qu'elle dit ne peut d'ailleurs pas le concerner, puisqu'il est né du Père avant tous les siècles.

Ce n'est pas le baptême qui fait de Jésus le Fils de Dieu, autrement dit : le Fils de Dieu n'est pas engendré par le baptême de Jésus. Mais c'est bien le peuple, tout ce peuple qui était dans l'attente, qui est engendré, qui devient une création nouvelle. Ce peuple qui commence à naître, c'est l'Eglise qui prend corps avec la descente de l'Esprit sur Jésus, c'est l'Eglise qui se constituera de manière encore plus nette avec la descente de l'Esprit sur les apôtres réunis au Cénacle le jour de la Pentecôte et sur lesquels il viendra se poser, sous une autre forme corporelle, comme des langues de feu.

Le baptême, proposé par Jean, est déjà communautaire, et avec le Christ, il devient constitutif d'un peuple nouveau. La distinction entre le baptême de Jean et celui de l'Eglise chrétienne est nette ; Jean baptise dans l'eau, le chrétien est baptisé dans l'Esprit de Dieu. Pour saisir l'originalité du baptême chrétien, il faut alors se rapporter au récit des Actes des apôtres, au jour de la Pentecôte.

Le baptême chrétien à la lumière des Actes des apôtres

Le coeur bouleversé d'entendre ces paroles, ils demandèrent à Pierre et aux autres apôtres : Que ferons-nous, frères ? Pierre leur répondit : Convertissez-vous, que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car c'est à vous qu'est destinée la promesse, et à vos enfants, ainsi qu'à tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur les appellera. Par bien d'autres paroles, Pierre rendait témoignage et les encourageait : Sauvez-vous, disait-il, de cette génération dévoyée. Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême et il y eut environ trois mille personnes ce jour-là qui se joignirent à eux (Ac. 2, 37-41).

Dans cette première prédication du baptême, le jour de la Pentecôte, il est possible de trouver les fondements mêmes du baptême chrétien. La première chose qu'il revient de faire aux auditeurs de Pierre, c'est de se convertir. Se convertir, c'est faire le passage à une vie de ressuscité. La Parole de Dieu, entendue dans la prédication, oblige celui qui l'écoute à penser autrement, à vivre autrement ; elle ouvre déjà à une vie nouvelle. Et l'accueil de celui qui va être baptisé se traduit, dans le rite même, par cette invitation à un changement de vie :

- Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu ?

- La foi.

- Que vous procure la foi ?

- La vie éternelle.

 

Celui qui va être baptisé demande la foi ; il vient demander le baptême parce qu'il croit, parce qu'il a déjà la foi, mais il demande quand même la foi. Cela signifie bien que la foi n'est pas une oeuvre humaine, mais qu'elle est un don qui est fait à l'homme par la puissance de Dieu. Pour recevoir le don de Dieu, l'engagement de la personne est aussi nécessaire : le baptême apparaît ainsi comme le premier signe du devenir chrétien, lequel se poursuit dans la confirmation et l'eucharistie.

La deuxième chose qu'il convient de remarquer dans le baptême chrétien, tel qu'il est présenté par Pierre, au jour de la Pentecôte, c'est qu'il s'effectue "au nom de Jésus-Christ". Ce n'est plus Jean qui baptise pour la "rémission" des péchés, c'est au nom de Jésus-Christ que celui qui est baptisé reçoit le "pardon" de ses péchés ; il reçoit surtout le "don" du Saint-Esprit. Car le baptême est une naissance dans l'Esprit de Dieu, et c'est lui qui donne à cet événement initial de la vie chrétienne son aspect de filiation : Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.

Tout homme est aimé de Dieu, avant même son baptême, puisque tout être a été créé par Dieu ; mais, dans l'acte du baptême apparaît une dimension nouvelle. Dieu ne se présente plus comme le Créateur, mais comme le Père de Jésus-Christ qui incorpore à son Fils une création nouvelle. Le nouveau baptisé devient fils adoptif du Père. Il participe ainsi à la condition filiale du Christ, en traversant avec lui la mort jusqu'à la résurrection.

Le troisième aspect qui se manifeste dans le baptême, tel qu'il est présenté par Pierre, dans son discours de Pentecôte, c'est qu'il est l'élément constitutif d'un peuple nouveau. C'était déjà tout le peuple, baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain, qui était reconnu comme fils adoptif par la voix venue du ciel. Devenu fils dans le Fils unique, le baptisé est incorporé à une multitude de frères qui sont, comme lui, renés dans l'Esprit-Saint. Le baptême n'est pas un contact purement individuel avec le Seigneur Dieu. La rencontre du Christ s'effectue dans une incorporation à l'Eglise, aux hommes venus des pays les plus lointains aussi nombreux que le Seigneur Dieu les appellera.

Pour prendre une image paulinienne, le baptême scelle les pierres vivantes de l'édifice spirituel qu'est l'Eglise. Le baptême fait entrer officiellement dans l'Eglise, le baptisé devient un membre à part entière du Corps du Christ qu'est l'Eglise. C'est à travers lui que le Christ continuera son oeuvre de salut, pour faire une humanité nouvelle qui portera le témoignage du Père dans le monde des hommes. Dès lors, il faut remarquer que le baptême ne concerne pas seulement celui qui est baptisé, il engage toute l'existence de l'Eglise, puisque c'est par le baptême que l'Eglise se manifeste et se construit. Le baptême donne à l'Eglise une figure visible car le baptisé entre dans la famille de Dieu : Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, cela signifie que le baptême constitue et fonde une communauté de nom avec la Trinité divine.

Le déroulement d'un baptême catholique

Le baptême est une première étape dans un chemin de foi, un démarrage dans la foi chrétienne, c'est un événement qui se lit au quotidien, c'est un engagement qui continue de se vivre chaque jour, car le baptême du chrétien a lieu tous les jours et non pas tel jour précis.

Par le baptême, le fidèle est accueilli dans la foi de l'Eglise. Cette foi est nourrie de la parole de Dieu, actualisée dans la prière de la communauté, proclamée dans la bénédiction de l'eau, professée explicitement par toute la communauté présente. Le fidèle est alors baptisé et il peut s'adresser à Dieu comme à son propre Père.

Celui qui demande à être accueilli dans l'Eglise a déjà accueilli la parole de Dieu dans sa vie. Cela est plus sensible dans le cas d'un baptême d'adulte ; mais quand il s'agit d'un enfant, ce sont ses parents, parrain et marraine qui, ayant entendu la Parole, s'engagent pour l'enfant et avec lui. Parti à la recherche de Dieu, le futur baptisé demande que Dieu lui-même vienne à se recherche : ayant déjà la foi, il demande la foi. Et Dieu l'appelle par son nom.

Quand le prêtre, ministre ordinaire du baptême, demande : Quel nom avez-vous choisi pour votre enfant ? il s'agit beaucoup plus d'une reconnaissance par Dieu que d'une simple formalité administrative. Le nom d'un homme, dans la conception biblique, exprime la totalité de sa personne, et c'est donc cet homme tout entier qui est saisi par Dieu à ce moment.

Apparemment, rien ne distingue le baptisé d'un autre homme. Les chrétiens ne se différencient pas des autres hommes ni par le vêtement, ni par le langage, ni par le travail. Ils vivent comme tous les autres habitants de leur pays, ils partagent avec eux les mêmes soucis, les mêmes joies, les mêmes espoirs, ils n'ont pas de réponses toutes faites aux grandes questions que se posent les hommes, aux questions du sens de la vie, de la souffrance et de la mort. Et pourtant, comme le dit si magnifiquement l'évangéliste Jean : ils sont dans le monde, mais ils ne sont pas du monde.

Par leur baptême et par leur vocation, ils appartiennent au Royaume de Dieu, ils sont "citoyens des cieux". Cela ne se voit pas toujours extérieurement, mais les chrétiens sont aussi appelés à manifester leur attachement au Christ dans toute leur vie.

La grâce de Dieu reçue au baptême, la manifestation de l'amour de Dieu pour chacun de ses enfants, se traduit dans la vie courante des chrétiens. Dans leur vie, dans leurs paroles et dans leurs actes, les chrétiens cherchent toujours à se souvenir de la manière dont Jésus a mené sa propre vie. Jésus-Christ est pour eux celui qui les appelle à vivre selon son exemple, en se conformant au message qu'il a transmis dans les béatitudes. Certes, il y a souvent loin de l'idéal chrétien à la réalisation courante. A chacun d'examiner sa propre vie et de décider de se conformer au modèle proposé par Jésus-Christ.

Pour faire bref, le baptême est l'occasion pour les fidèles de se jeter à l'eau devant tous les chrétiens, et cela a lieu tous les jours. Alors, le futur baptisé est marqué du signe de la croix, et le célébrant dit : La communauté chrétienne t'accueille avec joie. En son nom, je te marque du signe de la croix, le signe du Christ, notre Sauveur.

La croix est le signe du Christ Seigneur, vainqueur du mal et de la mort, celui-là même qui est célébré à Pâques et dans chaque eucharistie. Marqué du signe de la croix, le chrétien appartient au Christ. Saint Paul n'hésitait pas à comparer le baptême à une circoncision spirituelle : le chrétien est marqué, au plus intime de son être, par le signe de la mort du Christ. En théologie, cette marque indélébile imprimée mystérieusement au chrétien par le baptême (et également par la confirmation et l'ordre) est appelée : caractère. Celui-ci est une participation définitive et permanente au Christ. Et c'est parce qu'elle est permanente que le sacrement du baptême (comme les autres sacrements qui impriment un caractère) n'est donné qu'une seule fois. Déjà, dans les premiers temps de l'Eglise, au moment des persécutions, certains se demandaient s'il fallait donner un second baptême à ceux qui avaient failli. La réponse a été négative, car c'est le Christ lui-même qui baptise ; il ne peut pas détruire ce qu'il a fait. La pénitence qui était alors administrée, était perçue comme un second baptême, et l'on comprend pourquoi elle aussi était unique. Le caractère est différent de la grâce, bien qu'il soit le titre par lequel le chrétien peut bénéficier de la grâce, du don gratuit de Dieu.

Le concile de Trente a édicté de nombreuses règles canoniques à propos du baptême :

Si quelqu'un dit que le baptême de Jean a la même vertu que le baptême du Christ, qu'il soit anathème !

Si quelqu'un dit que le baptême, même celui donné par les hérétiques au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit avec l'intention de faire ce que fait l'Eglise, n'est pas un vrai baptême, qu'il soit anathème !

Si quelqu'un dit que le baptême est libre, c'est-à-dire qu'il n'est pas nécessaire au salut, qu'il soit anathème !

Si quelqu'un dit que le baptisé ne peut pas, le voudrait-il, perdre la grâce, quelque nombreux que soient ses péchés, sauf s'il ne veut plus croire, qu'il soit anathème !

Si quelqu'un dit que le vrai baptême, conféré selon les règles, doit être réitéré pour celui qui a renié la foi des infidèles, quand il se convertit pour faire pénitence, qu'il soit anathème !

Si quelqu'un dit que personne ne doit être baptisé qu'à l'âge où le Christ l'a été ou bien à l'article de la mort, qu'il soit anathème !

Septième session, 3 Mars 1547

La foi au Christ passe par la croix, comme par son signe le plus remarquable, mais la réponse de l'homme est toujours une réponse à un appel de Dieu. Il faut d'abord entendre la Parole de Dieu pour pouvoir lui répondre. La liturgie baptismale comporte, immédiatement après l'accueil, une célébration de la Parole de Dieu : un chrétien, c'est quelqu'un qui a entendu un appel et qui essaye d'y répondre. Cet appel vient-il de la tradition ? vient-il du plus profond de nous-mêmes ? ou bien, vient-il de Dieu ? Peut-être vient-il des trois endroits à la fois ! Le choix d'un ou de plusieurs lectures bibliques, au jour du baptême, est hautement signifiant ; c'est en écoutant la Parole de Dieu que l'on se décide à suivre le Christ, comme les auditeurs de Pierre se sont engagés vers le baptême, en écoutant la prédication de celui qui leur annonçait la résurrection du Christ par la puissance de Dieu.

Après les lectures bibliques, et éventuellement le commentaire (ou homélie) du célébrant, la communauté est invitée à prier. C'est une prière qui ressemble à la prière universelle des eucharisties dominicales. Il ne s'agit pas de prier Dieu pour lui demander ce que nous voudrions qu'il fasse, il s'agit de prier pour que ce que nous voulons s'accorde avec ce que Dieu veut pour nous.

Prions pour celui qui va recevoir la grâce du baptême, prions pour ses parents, ses parrain et marraine et pour tous les baptisés. Par l'intercession des saints qui nous ont précédés dans la foi, confions-nous les uns les autres à la bonté de Jésus le Christ, notre Seigneur.

La prière de la communauté réunie n'est pas la seule prière de l'Eglise. Celle-ci est une grande famille dans laquelle tous les membres sont solidaires. Les saints, ceux qui nous ont précédés dans la foi, ceux qui ont vécu intégralement l'idéal évangélique, sont invoqués pour qu'ils apportent leur aide à celui qui va être baptisé et à toute la communauté chrétienne.

La célébration de la Parole de Dieu s'achève par une courte prière et par l'imposition des mains, ce geste qui communique la force du Christ, vainqueur du mal et de la mort :

Père tout-puissant, tu as envoyé ton Fils dans le monde pour délivrer l'homme, esclave du péché, et lui rendre la liberté propre à tes fils. Tu sais que cet enfant, comme chacun de nous sera tenté par les mensonges de ce monde et devra résister à Satan. Nous t'en prions humblement : par la Passion de ton Fils et sa résurrection, arrache-le au pouvoir des ténèbres, donne-lui la force du Christ et garde-le tout au long de sa vie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. AMEN.

Que la force du Christ te fortifie, lui qui est le Sauveur et qui vit pour les siècles des siècles. AMEN.

L'imposition des mains est un geste qui vient de l'époque apostolique. Il manifeste que Dieu communique sa vie, sa force par le don de l'Esprit-Saint :

Apprenant que la Samarie avait accueilli la Parole de Dieu, les apôtres, qui étaient à Jérusalem, y envoyèrent Pierre et Jean. Une fois arrivés, ces derniers prièrent pour les Samaritains afin qu'ils reçoivent l'Esprit-Saint. En effet, l'Esprit n'était encore tombé sur aucun d'eux, ils avaient seulement reçu le baptême au nom du Seigneur Jésus. Pierre et Jean se mirent donc à leur imposer les mains et les Samaritains recevaient l'Esprit-Saint (Ac. 8, 14-17).

Après l'accueil et la célébration de la parole de Dieu vient le rite baptismal proprement dit. Celui-ci commence par une bénédiction de l'eau, qui est fécondante et porteuse de vie, mais qui peut aussi être destructrice. L'eau, c'est ce qui donne la vie, ce qui fait vivre. Dans le baptême chrétien, l'eau est un signe pour nous montrer que le baptisé entre dans la vie de Dieu. L'eau, c'est aussi ce qui lave, ce qui purifie, ce qui rend propre, ce qui désaltère : le chrétien est abreuvé aussi de la vie divine qui va s'écouler en lui désormais pour qu'il vive de la vie éternelle.

Dieu tout-puissant, notre créateur et le créateur du monde, tu nous donnes l'eau. Parfois, elle détruit et même elle tue. Mais elle est aussi source de vie. Dieu, notre Père, exerce ta puissance et ton amour, sanctifie cette eau pour qu'elle tue en tout baptisé ce qui écarte de toi et qu'elle lui donne ta propre vie, le faisant ainsi ton enfant. Dieu d'amour, c'est toi qui appelle chaque homme, quand il est présenté au baptême, daigne bénir cette eau, afin qu'elle soit pour lui source de vie et de joie éternelles.

A la suite de cette bénédiction de l'eau, le futur baptisé est invité à affirmer sa foi. Croire, cela signifie : risquer sa vie sur la Parole du Christ. Ce qui compte pour le chrétien, c'est ce qu'il est, c'est ce qu'il vit. La première forme de l'engagement chrétien, c'est la renonciation au mal, qui lui permet d'être en communion avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui lui permet aussi d'être en communion avec toute l'Eglise. Cette renonciation au mal peut prendre la forme suivante :

Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché ?

Pour échapper à l'emprise du péché, rejetez-vous ce qui conduit au mal ?

Pour suivre Jésus, le Christ, rejetez-vous Satan qui est l'auteur du péché ?

 

Mais la renonciation peut aussi s'exprimer en termes plus positifs :

Acceptez-vous de lutter contre le mal et l'injustice, contre le mensonge et la haine, en vous et dans le monde ?

Acceptez-vous de lutter avec les seules armes du Christ, la Parole de Dieu, le pain de l'eucharistie, la prière, le service des pauvres, la colère pour la justice, l'accueil du frère et le pardon mutuel ?

Acceptez-vous de mener ce combat avec vos frères dans la foi et avec tous les hommes de bonne volonté, de toutes nationalités, de toutes orientations, de toutes origines, de toutes confessions ?

Acceptez-vous de chercher à comprendre l'évolution de notre monde et celle de l'Eglise dans la fidélité à la foi des apôtres ?

Acceptez-vous de vous laisser interroger par la Parole de Dieu et par vos frères, et de chercher à y répondre en vérité ?

 

L'autre forme d'engagement, après la renonciation au mal, c'est l'engagement dans la tradition reçue des apôtres. Dans le baptême, l'eau n'est qu'un moyen. Ce qui importe, c'est que tous les hommes puissent devenir les instruments conscients et volontaires de Dieu, ses représentants, ceux qui participent réellement à la création, en donnant la vie, en permettant aux autres de devenir eux-mêmes, en faisant le monde nouveau, en donnant sens à toutes choses, en transmettant la foi, cet héritage qui vient des apôtres. A la triple interrogation, le futur baptisé répond : Je crois.

Quand il s'agit d'un enfant, les parents ne répondent pas à la place de l'enfant, en donnant une simple réponse fictive, ils affirment eux-mêmes leur propre foi. L'Eglise préférerait sans aucun doute leur silence loyal à une réponse qui ne soit pas vraie :

Croyez-vous en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ?

Croyez-vous en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui est né de la Vierge Marie, a souffert la Passion, a été enseveli, est ressuscité d'entre les morts et qui est assis à la droite du Père ?

Croyez-vous en l'Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, au pardon des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ?

 

Au baptême, il est aussi normal que le chrétien puisse dire lui-même en quoi, en qui il croit. Certains aiment alors proclamer leur foi en des formules plus personnelles... Le célébrant et toute l'assemblée se joignent à la profession de foi exprimée personnellement, car cette foi personnelle est aussi la foi de toute l'Eglise. Et c'est en vertu de cette foi de l'Eglise entière que chaque homme est baptisé.

 

Je crois en Dieu, malgré son silence et son secret. Je crois qu'il est vivant, malgré le mal et la souffrance. Je crois qu'il a fait le monde pour le bonheur et pour la vie, malgré les limites de notre raison et de notre coeur. Je crois en Jésus-Christ malgré les siècles qui nous séparent de lui. Je crois en sa Parole, malgré ma faiblesse et ma pauvreté. Je crois en sa mort pour nous, malgré mes incompréhensions et mes refus. Je crois en sa résurrection. Je crois en l'Esprit-Saint. Malgré les apparences, je crois qu'il conduit l'Eglise. Malgré la mort, je crois à la résurrection. Malgré l'ignorance et l'incrédulité, je crois que le Royaume est offert à tous.

Pour le monde et pour moi, j'ai confiance en Jésus de Nazareth. Envoyé par Dieu notre Père, il est le seul sauveur et maître, il a été l'homme véritable comme nul ne peut l'être par lui-même. Il est mort sur une croix pour les autres et pour le monde comme pour moi. Il est ressuscité. Par son Esprit qui est vivant, il est présent dans tous les hommes, et pour le servir il recrute son Eglise sans tenir compte de nos distinctions. Il agit, par les hommes, dans l'histoire, pour la mener à son but : un univers réconcilié dans l'amour. Ainsi, je ne crois à la fatalité ni de la guerre ni de la haine, ni de la catastrophe ni de la mort, parce que je crois que Jésus libère l'homme pour des décisions libres. Grâce à lui, ma vie a un sens, l'univers aussi. Pour le monde et pour moi, j'espère en Jésus de Nazareth : il vient.

Ou encore :

Sur l'affirmation des premières communautés chrétiennes fondées par les apôtres, croyez-vous que la vie l'emportera sur la mort, parce que le Père a appelé à la vie Celui qui avait été mis au tombeau ?

Croyez-vous que chaque chrétien est pour nous le signe de la victoire de l'amour sur toutes les forces du mal, qu'il annonce ce monde nouveau que nous construisons et que nous attendons ?

Croyez-vous, avec l'Eglise, que baptiser un homme, c'est mettre sa vie et sa mort en relation avec la vie et la mort du Seigneur ?

 

Toutes ces formulations personnelles de la foi des baptisés n'épuisent certainement pas la richesse de la foi de l'Eglise. C'est pourquoi, à la suite des affirmations personnelles, le célébrant et toute l'assemblée se rejoignent dans la profession de foi ecclésiale. Car c'est dans la foi de toute l'Eglise que chaque homme est baptisé. Ayant rappelé la foi chrétienne, la communauté peut affirmer :

Telle est notre foi. Telle est la foi des apôtres. Telle est la foi que nous avons reçue de l'Eglise, pour la découvrir et l'approfondir, pour la garder et pour la transmettre. Telle est la foi que nous sommes fiers de proclamer dans le Christ Jésus, notre Seigneur. AMEN.

L'instant décisif est arrivé. Une dernière fois, publiquement, le célébrant demande si le chrétien veut être baptisé. Alors, il plonge le chrétien dans l'eau baptismale ou il répand sur sa tête un peu de cette eau, en disant : Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Extérieurement, ce geste est peu de chose, il est symbolique, mais il exprime le mystère invisible de la nouvelle naissance au Christ, mort et ressuscité. Le mystère du Christ traverse celui qui vient d'être baptisé.

C'est à Antioche que l'on a commencé, vers l'an 43, à désigner les disciples du Christ sous le nom de chrétiens, mot qui vient de Christ. En grec "christos" veut dire : celui qui a reçu l'onction. C'est par une onction d'huile qu'étaient consacrés, dans les temps bibliques, les rois, les prêtres, les prophètes. Au sens propre, les chrétiens sont d'autres christs, ils sont incorporés au Christ pour ne plus faire qu'un avec lui, ils deviennent les membres vivants de Jésus-Christ, prêtre, prophète et roi, envoyé par le Père au milieu des hommes.

Notre Dieu et Père très aimant nous donne de mourir et de naître. Tu es maintenant baptisé. Le Dieu tout-Puissant, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur, t'a libéré du péché et t'a fait renaître de l'eau et de l'Esprit-Saint. Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du Corps du Christ, et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Dieu te marque de l'huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle. AMEN.

Comme le Christ, le baptisé est le fils bien-aimé du Père, il participe à l'identité et à la mission du Christ. Celui-ci est venu réconcilier les hommes avec Dieu, unissant ainsi la terre et le ciel. L'Eglise tout entière devient ainsi un peuple sacerdotal. Le Christ, aux jours de sa vie terrestre, a parlé de son Père, non seulement avec des paroles, mais aussi avec des actes, et cette mission que l'Eglise continue fait d'elle le peuple prophétique, le peuple qui manifeste la présence de Dieu dans le monde, le peuple qui témoigne de son amour pour chaque homme et pour tous les hommes. Enfin, le Christ est roi, non pas d'une royauté dominatrice, mais il est roi parce qu'il conduit les hommes vers l'unité qui sera définitivement accomplie avec l'avènement du Royaume de Dieu. Cette mission de conduire tous les hommes vers le Royaume est aussi celle de l'Eglise, peuple royal qui conduit l'humanité dans l'amour vers la vie de Dieu. Celui qui vient d'être baptisé est alors revêtu d'une humanité nouvelle, à la ressemblance du Christ, lorsqu'il fut transfiguré :

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi (Mc. 9, 2-3)...

Alors les disciples ont entrevu quelque chose de la splendeur invisible qui habitait Jésus. C'est cette même splendeur qui habite celui qui vient d'être baptisé :

Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ (Gal. 3, 27).

Pour signifier l'incorporation au Christ, le baptisé est revêtu d'un vêtement blanc, signe de la transfiguration du chrétien dans le Christ :

Tu es une création nouvelle dans le Christ, tu as revêtu le Christ. Le vêtement blanc que tu portes en est le signe. Que tes parents et tes amis t'aident, par la parole et l'exemple, à garder intacte la dignité des fils de Dieu pour la vie éternelle. AMEN.

Le baptisé est celui qui tente de vivre à la lumière du Christ, seule lumière du monde. Cette lumière est symbolisée par le cierge pascal, signe de la résurrection du Christ au jour de Pâques. La foi en Jésus est comme une lumière qui permet de voir les choses, la vie à la manière dont le Christ les voit ; tout prend alors un sens nouveau. Le chemin du chrétien est celui qui a été tracé par le Christ lui-même. En transmettant la lumière pascale à celui qui vient d'être baptisé, la communauté chrétienne signifie qu'elle se présente également comme responsable de lui, tout au long de son existence :

Recevez la lumière du Christ. Veillez à l'entretenir pour que ce nouveau baptisé, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et demeure fidèle à la foi de son baptême. Ainsi, quand le Seigneur viendra, il pourra aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du ciel.

Le nouveau baptisé est alors réellement devenu enfant de Dieu et il peut lui donner le même nom que celui que Jésus lui donnait, il peut l'appeler : Père. Cette première prière du " Notre Père " constitue le premier maillon d'une longue chaîne où peut s'approfondir la relation de chaque homme avec le Dieu-Père.

Par le baptême, cet enfant est né à la vie nouvelle, il est appelé fils de Dieu. Il l'est vraiment dans le Christ Jésus. Un jour, par la confirmation, il recevra en plénitude l'Esprit-Saint. Un jour, il approchera de la table du Seigneur pour prendre part au repas de l'eucharistie. Il donnera lui-même à Dieu le nom de Père au milieu de ses frères chrétiens. Aujourd'hui, en son nom, dans l'Esprit reçu à notre baptême, disons ensemble la prière des enfants de Dieu que le Seigneur nous a enseignée...

La célébration baptismale s'achève par une série de bénédictions. Bénir, c'est dire du bien pour qu'il puisse s'accomplir en faveur de quelqu'un. Lorsque l'Eglise, en la personne du célébrant de bénir quelqu'un, la Parole de Dieu peut s'accomplir sur lui :

Par son Fils, né de la Vierge Marie, Dieu comble de joie les mères qui croient en lui : il leur donne l'espérance que leur enfant vivra de la vie éternelle qui déjà resplendit en eux. Qu'il bénisse maintenant celle qui vient d'être mère, elle rend grâce pour son enfant, qu'elle demeure toujours en action de grâce avec lui dans le Christ Jésus notre Seigneur. AMEN.

Dieu est le Père de tous les hommes, il donne la vie terrestre et la vie du ciel. Qu'il bénisse le père de cet enfant, afin que, par l'exemple et la parole, il soit lui-même avec son épouse, le premier témoin de la foi pour cet enfant dans le Christ Jésus notre Seigneur. AMEN.

Dieu nous a fait renaître de l'eau et de l'Esprit-Saint : qu'il bénisse tous les fidèles ici réunis : que toujours et partout ils soient des membres vivants de son peuple dans le Christ Jésus notre Seigneur. AMEN.

Et que Dieu tout Puissant vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. AMEN.

Allez, dans la paix du Christ. Nous rendons grâce à Dieu.

La célébration baptismale ne marque jamais que le premier pas d'un chrétien dans la communauté de l'Eglise ; il est devenu une "pierre vivante" dans la construction de l'édifice spirituel, composé par les hommes de toutes les nationalités et de toutes les époques, édifice qui signifie déjà la construction du monde nouveau. Le baptisé est devenu une "demeure de Dieu" parmi les hommes. Par la confirmation, il recevra ultérieurement une charge et une mission, celle de témoigner, par toute sa vie, de l'Esprit de Dieu qui l'habite.